Le sénat passe à gauche, ça change quoi ?

 

Concrètement, ça veut dire que l’UMP n’a plus autant de pouvoir qu’avant. Quand elle avait la majorité au sénat, elle pouvait envisager de changer la constitution de la république, entamer de grands changements qui n’étaient possibles qu’avec l’accord des deux chambres (AN + SN). Cela veut aussi dire que le sénat peut bloquer certaines lois initiées par le parlement (momentanément puisque l’AN a le dernier mot). Mais aussi que le sénat peut établir des lois qui devront obligatoirement être soumises au vote de l’AN.

En l’espèce, la loi proposant l’ouverture du mariage homo aurait pu être adoptée par le sénat, obligeant ainsi le gouvernement à ce que l’AN l’étudie aussi et à ce qu’une commission parlementaire mixte (7 députés et 7 sénateurs) débattent du sujet. Au moins aurait on pu espérer que des députés de droite reviennent à la raison et décident de  changer d’avis après avoir débattu et échangé avec des experts. Si la gauche l’emporte en 2012, elle aura plus de pouvoirs qu’elle n’en a jamais eu, pas même Mitterrand n’avait disposé d’autant de marge.

Mais en fait, le sénat, c’est inutile ?

 

Pas tant que ça, puisqu’au cours de l’histoire, le sénat a empêché plusieurs fois des lois d’aboutir : le droit de vote des femmes, a été acquis à l’assemblée Anationale en 1919 mais bloquée par le sénat, il ne sera mis en place qu’après la fin de la 2e GM.

En ce qui concerne les LGBT, le sénat, avait en mars 99 supprimé le PACS, avant que l’Assemblée Nationale ne l’adopte définitivement par la suite. On avait du attendre plus longtemps pour l’adoption de ce premier pas vers le mariage homo. On peut imaginer aujourd’hui qu’un projet de loi lancé à la suite de la présidentielle pourrait ne plus être bloqué et donc faire avancer plus vite notre cause commune.

Y’a des sénateurs homosexuels ?

 

Ironie de l’histoire, le seul sénateur élu ayant révélé son homosexualité n’est autre que Roger Karoutchi, de l’UMP. Pour autant, sa sexualité ne veut pas dire qu’il défend la cause puisque, comme le révèle Jean Luc Romero : « (Quand) Christian Vanneste continuait à dire des horreurs sur les homos, il ne disait rien, alors qu'il avait à ce moment-là beaucoup de pouvoir.»

Si l’on considère la statistique la plus basse du nombre d’homosexuels, (5%) les sénateurs devraient être au moins 17 dans les rangs de la chambre haute. Bien sur, il faut relativiser sur le nombre apparemment peu élevé de LGBT. Ce n’est pas une question de représentativité insuffisante, c’est avant tout une histoire de coming outs, insuffisants.

J’ajoute quelques mots enfin:

Pensée émue pour Robert Badinter qui quittait à cette occasion son fauteuil de sénateur. Cet homme fut l’artisan de la dépénalisation de l’homosexualité en , par la loi du 4 août 1982, de l’article 331-2 du code pénal, hérité du code de Vichy, qui prévoyait des peines correctionnelles pour tout acte «impudique ou contre-nature». Il a depuis milité pour dépénaliser l’homosexualité partout dans le monde.

« Je n’ai pas non plus le sentiment qu’il y a une prise de conscience et une indignation suffisante à travers le monde, et même en ce qui concerne – ce qui devrait particulièrement les révolter – les communautés ou les milieux homosexuels. Je trouve inouïe l’énergie qu’on a dépensée, à juste titre, pour arriver à créer le pacs, aller vers l’égalité des droits (…), et puis quand on en arrive à ce qui est un outrage absolu, mais absolu pour moi, à la dignité, à l’intégrité de la personne, flageller des hommes, (…), en réalité pour homosexualité mais sous le prétexte de l’attentat à l’ordre public.

De quoi relativiser un peu sur notre condition française…